| RAS LE BOL
RAS-LE-BOL POUR LES NOMINATIONS COMME POUR LE RESTE
LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Par Fred Forest artiste multimédia, professeur émérite université de Nice
Il est comique de constater dans le feuilleton qui accompagne le départ de l'Elysée du conseiller culturel, Georges-Marc Benamou, pour la Villa Médicis, les cris d'orfraie qui se sont fait entendre à cette occasion, au nom d'une transparence réclamée à corps et à cri au Président de la République ! On ne se mouche pas du coude aujourd'hui au quai d'Orsay, quand on se prévaut de son statut de "diplomate" pour en faire un usage aussi pitoyable et personnel, où le ressentiment le dispute au parti pris. Bref, nous avons eu droit à l'inévitable concert de lamentations, orchestré de main de maître par la victime elle-même, qui avait rameuté les tout-Paris souvent bénéficiaire de ses libéralités, comme Sophie Calle. Entre autres Un candidat évincé, qui, trop sûr de lui, pensait déjà avoir enlevé le morceau, avant l'heure, à la suite des manœuvres convergentes de ses réseaux d'influence. Des réseaux qui sont les siens depuis toujours, où se croisent de façon éclectique le politiquement correct, des intellectuels de service, virtuoses du renvoi d'ascenseur, les médias dominants, l'édition et le marché de l'art contemporain. Philosophe en titre par la grâce de Dieu (le père, le fils, le frère et le saint-esprit), capable même pour l'attester de produire un certificat de DEA, c'est-à-dire philosophe comme moi je suis pape, OPA, il faut bien le constater, n'a pas encore réussi son OPA ! Se raccrochant aux branches par une pirouette, donneur de leçon, il rappelle un brin moralisateur, au Président de la République, que la charge de la direction de la Villa Médicis ne saurait être confondue avec celle de pensionnaire. C'est-à-dire, une sinécure, destinée à offrir à son titulaire, la plus grande disponibilité pour mener des activités de création d'ordre personnel (?)
Là il nous faut tout de même franchement rigoler. En matière de leçon à donner notre parangon de vertu ne devrait-il pas commencer par balayer devant sa porte, s'il veut être tant soit peu crédible à nos yeux ? Commencer, le premier, par respecter les règles qu'il édicte, c'est-à-dire se consacrer lui-même, tout entier, à l'institution publique dont il est encore actuellement le Directeur Général ? En toute cohérence avec sa pensée, ne devrait-il pas, commencer lui-même par attendre l'heure de la retraite, avant que de s'adonner à son péché mignon, l'écriture à quatre mains en famille, qui, déferle sur la table des libraires, à coup de placards publicitaires et d'émissions complaisantes à la télévision, au minimum deux fois par an ? Ne devrait-il pas se consacrer à temps plein, (comme il l'exige des autres !) aux charges de sa fonction première de Directeur Général de Cultures France qui est la sienne ? Au rayonnement de l'art français à l'étranger ? hélas, en si mauvaise posture aujourd'hui sous son autorité, après des années et des années de louvoiements erratiques et des choix contestables pour ce qui concerne les arts plastiques ? N'y a-t-il pas un choix claire à faire, entre une responsabilité que l'Etat vous a fait l'honneur de vous confier (nous aimerions savoir, entre autres, comment, et pourquoi lui surtout ? alors que, curieusement, mon voisin de pallier, qui est également titulaire du même DEA de philo, n'a jamais été sollicité pour occuper ce poste ?) Comme le dit Georges-Marc Benamou bon joueur, peu être avec un petit temps de retard qu'il reconnaît : " Il faut casser la reproduction des élites " . Il est vrai que "plancher sur des rapports austères et lugubres qui font état de l'ampleur du sinistre de l'art français à l'étranger n'est pas gratifiant. Il est vrai, pour joindre l'utile à l'agréable, qu'une littérature facile qui vise les aventures passionnantes des chasseurs de trésors, sont des opportunités qui ont plus de chance de se traduire un jour ou l'autre en droits d'auteur sonnants et trébuchants. Ce qui n'est pas négligeable et permet, à tout serviteur de l'Etat nécessiteux, d'arrondir ses fins de mois. Il y en a d'autres, j'en conviens. Dans un passé encore récent, la commission culturelle du Sénat, en toute vigilance, avait déjà sérieusement mis notre " philosophe " sur la sellette, lui rappelant certaines règles élémentaires, auquel est soumis le Directeur général de Cultures France dans la mission qui lui est assignée .
En ce qui concerne le respect de la transparence, auquel semble si attaché, le Directeur Général de Cultures France, il s'avère, a contrario, que les recommandations que peut lui faire la CADA (Commission d'Accès aux documents administratifs), restent obstinément lettre morte pour lui comme pour ses services … Si l'on en juge par ses propres comportements, la transparence, c'est pour lui en vérité comme de pisser dans un violon et si d'aventure c'est un Stradivarius, c'est du même tonneau.
Mais cette question de la transparence, dont notre diplomate philosophe se permet avec une arrogance toute particulière de faire leçon publique à notre Président de la République, son patron, montre bien la mesure d'un sentiment d'impunité, qui repose sur le soutien des réseaux qui l'ont mis et maintenu en place contre vents et marées .
La question de la transparence est une tare qui affecte de façon endémique d'autres rouages de la culture en France. J'en veux pour preuve le procès que j'ai moi-même intenté au MNAM Centre Georges Pompidou qui se refuse en toute impunité de donner au citoyen français, pourtant bailleur de fonds, le montant de ses acquisitions pour les œuvres d'art contemporain. Quand lors de mes conférences à l'étranger, je livre cette information à mon auditoire, on me regarde d'un œil éminemment suspect. Je ne suis plus crédible à partir de ce moment-là ! Un universitaire américain m'a même interrompu à Philadelphie avec un épouvantable accent, en début d'année, à l'occasion de ma rétrospective à la Slought Foundation, pour me dire "que je n'arriverai pas à lui faire croire que la France, la patrie des droits de l'homme, était devenue cette grotesque République bananière ". Rouge de honte pour mon pays, j'aurai tellement voulu lui dire, à ce moment-là-là, que je lui avais menti…et que Beaubourg en sa qualité d'établissement public publiait régulièrement les prix de ses acquisitions.
Puisque que la Directeur Général de Cultures France se permet d'interpeller son patron, le chef de l'Etat, sans respect de l'obligation de réserve auquel l'astreint en principe sa condition de diplomate, je ne vois pas ce qui empêcherait un artiste et un simple citoyen français de le faire à son tour et de s'en payer le luxe
Monsieur le Président de la République, il est de notoriété publique qu'en matière d'art contemporain nous attendons de votre part une moralisation et une réorganisation urgente des services de l'Etat. Nous sommes nombreux à les réclamer . Une majorité d'artistes sont dans l'attente de ces mesures. Vous avez fait naître chez-nous l'espoir et le besoin d'un changement qui tarde à se manifester. Ni les gouvernements précédents de droite, pas plus que ceux de la gauche, ne se sont risqués à heurter de front les puissants lobbies du marché en place. L'art est totalement assujetti aujourd'hui aux manipulations financières avec la création artificielle de valeurs symboliques et esthétiques, malheureusement légitimées d'office par des Musées et des institutions alignés sur le marché. Attention, cela ne veut pas dire comme l'a dit pourtant Jean Baudrillard en matière d'art contemporain que tout cela et nul et non avenu, mais que beaucoup d'autres artistes seraient en mesure d'occuper la place aussi valablement, mais hélas il ne font pas partie du premier cercle de copinage qui donne les tickets d'entrée. On a voulu hypocritement et sans honnêteté intellectuelle voir jadis dans les attaques contre l'art contemporain officiel une attitude réactionnaire et rétrograde, repliée sur la tradition, ce n'est pas, et tout le monde le sait, ce qu'on pourrait me reprocher, en tout cas personnellement. Je mets au défi n'importe quel artiste, critique, dirigeant d'institution ou politicien français de pouvoir présenter des états de service au moins similaire aux miens en matière d'innovation et de ligne politique totalement libre, jamais inféodée à un parti, une église, une banque, un milieu ou une classe sociale donnée C'est dans ces cercles qui se targuent d'incarner une pensée de gauche, comme on jette avec élégance un foulard Hermes sur ses épaules, ou qu'on balance un sac Vuitton au bout de son bras, qu'il faut débusquer une vraie pensée de droite gestionnaire de ses privilèges abusifs et illégitimes. Prenez un artiste officiel reconnu de l'art contemporain en mettant regard ses origines en relation avec le pouvoir, l'argent, les grandes familles, fils ou fille, de tel ou tel collectionneur, vous serez étonné de constater qu'ils sont dans la proportion au moins de sept sur dix. Comme le dit Benamou, il faut casser la reproduction des élites et comme je l'ajoute celle des favoris et des nantis du système. Nous en faisons avec d'autres le constat : le rayonnement de l'art français à l'étranger est en totale déconfiture, et les interventions maladroites et étatiques d'un art contemporain officiel est l'objet de quolibets chez nos voisins étrangers
Nous artistes, nous avons besoin de faire du sens dans un monde en crise. Pour cela nous avons besoin de transparence, de responsables nouveaux à l'intérieur des institutions culturelles, qui ne soient pas liées au système antérieur, choisis en dehors de mafias et des réseaux institués, qui depuis des décennies sévissent dans les rouages de décision de l'Etat, pratiquant l'arbitraire, le copinage et la concussion.
Nous sommes décidés à agir en dehors de tout clivage politique, générationnel, esprit de chapelle, réseaux d'influence institués. C'est notre pari. Nous avons pour nous, notre imagination, notre détermination, notre maîtrise de la communication électronique dans un contexte en mutation avec l'intention de redonner à la France la vigueur, le rayonnement, la créativité, et une représentation internationale, digne du rôle qu'elle a joué dans le passé.
Le temps de l'action est maintenant arrivé. Il faut inventer un temps nouveau avec des hommes nouveaux qui n'ont rien à voir avec les prébendes et les cabales mondaines. Il faudra compter sur nous, au moment où nous changeons de culture dans une mutation qui va, pour le meilleur et pour le pire, tout remettre en cause. Le pire est déjà là, gangrenant le tissu social et de nos cortex. Nous croyons au meilleur, et notre utopie pour un l'art du sens, va consister à donner du sens à l'art.
Les artistes ne seront plus jamais des hommes et femmes d'affaires, des courtisans intéressés et cyniques, des boutiquiers, des faire-valoir, des fous du roi, des décorateurs d'appartements de luxe, des amuseurs de galerie (au sens propre et figuré)
Je vous le promets, Monsieur le Président, les artistes ne se considèrent plus à partir d'aujourd'hui comme des assistés, mais comme des opérateurs du sens dans une société qui fout le camp de tous les côtés et dans laquelle ils vont AGIR. Notre imagination va devenir opérationnelle dans le champ social et celui du contexte idéologique. Il faudra compter désormais aussi sur nous qu'on se le dise
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